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C’était il y a quelques années, durant un voyage en Amazonie. En assistant à une cérémonie ancestrale, j’ai été frappé par un besoin viscéral de changer ma manière d’aborder mon instrument. Évidemment, je n’avais aucun piano autour de moi à ce moment, mais je savais que j’allais désormais devoir l’approcher à travers une vision plus corporelle, plus chorégraphique, plus immédiate, exprimant le désir humain de danser pour être libre, dans un monde qui semble de plus en plus insensé et cruel. Étrangement, c’est à ce moment-là, en pleine jungle colombienne, que m’a traversé l’esprit la pièce qui allait devenir la pierre angulaire de cet album, les Davidsbündlertänze de Schumann.
À travers ses dix-huit danses éphémères, symbolisant le combat pour l’art, cette pièce cache également, derrière ses notes, une lettre d’amour secrète du compositeur à sa bien-aimée. Les deux danses baroques de Purcell, d’une modernité et d’une force rythmique saisissantes, ou encore les deux préludes de Debussy, dévoilant les chorégraphies fantasques de créatures irréelles, me sont également apparues comme essentielles pour ce périple. Mais parallèlement à ces trois compositeurs du passé, j’ai ressenti la nécessité de sillonner l’univers de la danse à travers le regard de trois compositrices actuelles, issues de différentes cultures et traditions. Ce profond dialogue entre sons d’aujourd’hui et ceux d’un autre temps était vital.
L’œuvre de Carolina Noguera, La Nuit des Corps – alliant rituels de sa Colombie natale à un langage résolument actuel – était destinée à se retrouver au centre de ce voyage. Entremêlant les différents univers dans lesquels elle évolue – pianiste classique de jour, DJ de nuit et collaboratrice de plusieurs icônes de la pop, la britannique Georgie Ward a composé une pièce fusionnant les univers de la techno et de la body-percussion, nous propulsant dans une boite de nuit imaginaire. Faisant appel à ses racines nigériennes et rendant hommage à la puissance rythmique des percussions africaines, Nkeiru Okoye a quant à elle créé une musique déchainée, mystique et bouillonnante.
Comme nous l’a dit Nietzsche dans son merveilleux livre Ainsi parlait Zarathoustra : « Il faut avoir une musique en soi pour faire danser le monde ».